Johan Elias a été interviewé par Kanaal Z / Trends Z chez Educam à Evere le 9 juin 2026, suite à la publication de l'étude du SPF Économie sur l'adoption de l'IA par les entreprises belges.
Vendredi, j'ai reçu un appel d'un journaliste de Kanaal Z me demandant si j'étais disponible lundi pour un interview. La raison : une nouvelle étude du Service Public Fédéral Économie sur l'adoption de l'IA par les entreprises belges. Nous nous sommes retrouvés chez Educam à Evere, l'un de nos clients, où j'avais justement planifié une session AI Champions. Nous avons ainsi pu associer la théorie à la pratique, en direct.
Cette combinaison — une étude mesurant l'état de l'IA en Belgique et un client qui travaille activement avec cette technologie — m'a fait réfléchir. Les chiffres sont encourageants. Et pourtant ils ne racontent qu'une partie de l'histoire.
Le SPF Économie a publié de nouvelles données sur l'adoption de l'IA par les entreprises belges. En 2024, 24,71 % des entreprises belges utilisaient l'IA ; en 2025, ce chiffre est passé à 34,54 %. La Belgique se classe dans le top cinq européen, au-dessus de la moyenne UE27 de 19,95 %. De bonnes nouvelles, donc.
Et pourtant.
Quiconque lit l'étude avec un peu plus d'attention se heurte à une autre réalité. Les applications les plus utilisées sont l'analyse de texte, la génération de langage et la génération d'images. Les domaines les plus populaires sont l'administration des entreprises, la comptabilité et le marketing. Ce ne sont pas de mauvaises applications, mais elles révèlent où se situent la plupart des entreprises aujourd'hui : dans la première vague.
Première vague : la culture IA et les gains immédiats
Au cours des trois dernières années, Rescope a accompagné des dizaines d'organisations de taille moyenne et grande dans leurs premiers pas avec l'IA. Ce que nous observons correspond précisément à ce que mesure l'étude du SPF Économie. Les entreprises commencent par des outils clés en main : Microsoft Copilot, ChatGPT, Gemini. Elles configurent, expérimentent, gagnent du temps sur les e-mails, les rapports, les traductions.
Cette première vague a une valeur réelle. Les collaborateurs développent une culture IA. Les flux de travail se précisent. Les équipes découvrent ce qui est possible. Et les AI Champions, ces relais internes entre l'IT et le métier que Rescope contribue à former, veillent à ce que cette connaissance ne reste pas chez un seul enthousiaste mais se diffuse dans toute l'organisation.
Mais c'est bien la première vague. Le début de l'histoire, pas son milieu.
La photo que montre l'étude est celle d'hier
Ce que mesure l'étude du SPF Économie, c'est une photographie de ce que les entreprises ont fait en 2024 et 2025. C'est précieux. Mais les collaborateurs numériques — des agents IA qui exécutent de manière autonome des processus complets sans qu'un être humain valide chaque étape — existent déjà. Pas comme prototype, pas comme promesse. Ils sont opérationnels, dans les entreprises qui ont choisi de ne pas attendre.
En début d'année, des clients de Rescope ont commencé à travailler avec l'IA agentique : des agents qui traitent les factures entrantes, compilent des rapports à partir de plusieurs sources, préparent des dossiers pour les account managers. Pendant que le marché dans son ensemble s'occupe de l'IA pour les textes, un groupe d'entreprises est déjà engagé dans la deuxième vague.
L'écart que l'étude révèle entre les grandes entreprises (76,41 % d'utilisation de l'IA) et les petites entreprises (28,82 %) est réel, mais moins préoccupant que l'écart absent de l'étude : celui entre les entreprises qui utilisent l'IA comme un meilleur moteur de recherche, et celles qui l'utilisent pour repenser fondamentalement leurs processus.
Deuxième vague : de l'automatisation à la transformation
L'IA agentique n'est pas simplement une automatisation plus rapide. C'est une façon différente d'organiser le travail. Les processus ne sont pas copiés et accélérés, ils sont entièrement repensés. Les rôles changent : les collaborateurs orchestrent, ajustent, prennent des décisions sur la base de ce que les agents produisent. La couche administrative disparaît en grande partie. Ce qui reste, c'est le jugement.
Cela demande aux dirigeants quelque chose qui va bien au-delà de l'achat d'une licence. Cela exige une compréhension de là où se situent les limites, de ce qui est responsable, des processus qui se prêtent à cette approche et de ceux qui n'y sont pas adaptés. Ceux qui n'y réfléchissent pas activement aujourd'hui risquent d'optimiser des processus existants pendant que leur modèle économique est déjà sous pression.
Le principal obstacle identifié dans l'étude, le manque d'expertise (74,53 %), est précisément le point central. Pas l'expertise technique, mais l'expertise stratégique : la capacité à discerner quels paris valent la peine d'être pris.
Organiser la responsabilisation ne s'externalise pas
La deuxième vague n'est pas quelque chose que l'on peut déléguer à un fournisseur de technologie. La complexité numérique qu'apporte l'IA agentique exige que les organisations comprennent elles-mêmes ce qu'elles construisent et pourquoi. Des Champions capables de piloter les agents. Des dirigeants qui font les bons choix stratégiques. Des académies internes qui ancrent la connaissance pour qu'elle ne parte pas avec un seul collaborateur.
C'est précisément pourquoi Rescope lance cet automne une nouvelle plateforme connectant toutes les parties prenantes : utilisateurs, AI Champions, comités de pilotage, dirigeants, experts en IA et data engineers. Non pas parce que la technologie est la réponse à tout, mais parce que la collaboration autour de la technologie est la seule façon d'ancrer structurellement la responsabilisation.
La vraie leçon
L'étude du SPF Économie montre que la Belgique est sur la bonne voie pour la première vague. C'est bien. Mais l'objectif européen de 75 % d'utilisation de l'IA d'ici 2030 ne mesure pas ce qu'il devrait mesurer. L'adoption n'est pas une fin en soi. La question n'est pas de savoir si vos collaborateurs utilisent l'IA, mais si votre organisation change à travers la façon dont ils l'utilisent.
La deuxième vague n'est pas quelque chose à envisager plus tard. Elle est déjà en cours. Les organisations qui y réfléchissent délibérément maintenant — quels processus sont concernés, comment embarquer leurs équipes, comment ancrer la responsabilisation — sont celles qui ne seront pas en train de rattraper leur retard dans trois ans.
Source : SPF Économie, étude sur l'utilisation de l'IA dans les entreprises belges (2025). Johan Elias a été interviewé par Kanaal Z / Trends Z le 9 juin 2026 à la suite de la publication de cette étude.
